Une société aux rapports modelés par l’argent.
Le malheur chez nous ne vient pas seulement des épreuves auxquelles la vie nous confronte. Il résulte le plus souvent de notre état d’esprit vis-à-vis de ce que nous vivons, de notre sens du matériel et du façonnement de ce qui nous lie à titre de rapport aux autres. Nous portons malheureusement un grand intérêt à l’argent, plus précisément nous modelons notre statut social selon qu’on en possède ou non. De là, se constitue tout un pharamini de schéma ayant trait à la haine fraternelle et à la crise de succession : si dans le cadre stricte la famille et; à la tentation, à la dépravation, à la cruauté : si dans le cadre de la société plus globalement. Alors chez nous un pauvre, s’il convient même de qualifier une personne aux moyens réduits comme tel, va de pair avec un autre du même rang, là aussi je mesure avec prudence la prétention que ça suscite de nommer comme tel des êtres humains comme nous. Et à l’inverse ceux que la société, dans sa différenciation discriminatoire et choquante de ses composants, s’est arrangée à qualifier de riches, vont eux aussi ensemble. C’est une disposition qui n’obéit pourtant à aucune pratique religieuse monothéiste. Car Dieu en créant les Hommes, l’a fait en les mettant au même pied d’égalité. Les notions de riches et de pauvres ne sont nullement significatives à son sens au point d’en faire un critère de traitement entre ses créatures. Si tel n’était le cas, il nous aurait créé de matières différentes. Ceux qui s’efforcent à nous différencier par la couleur de la peau sont simplement simples d’esprit comme pour dire que l’idée est aussi illogique que impertinente dans la mesure où la fin est commune pour tout être humain : c’est la mort. Son modus operandi est plutôt flexible selon le degré de piété, de foi, d’actions et de volonté des uns et des autres. C’est alors dire que notre intérêt nocif pour l’argent cause d’énormes dysfonctionnements dans notre société. D’abord, l’argent altère notre sens unitaire de la famille ce qui empoisonne bon nombre de fraternités par le climat de méfiance et de soupçon qui en découle; ensuite corrompt notre instinct de solidarité et de partage promouvant l’individualisme par la compagnie sélective entre orgueil et vanité; puis réoriente notre jugement d’apparence sur les autres caractérisé par notre apologie du préjugé et de la calomnie, et enfin, dénature notre pratique religieuse au point qu’il nous est de plus en plus difficile de s’identifier à proprement parler à une religion précise.
Une société hypertrophique au pouvoir.
Dans nos sociétés on a cette mauvais culture de diviniser nos dirigeants. C’est l’hypertrophie du pouvoir. Le pouvoir, chez nous, est de facto synonyme d’élévation au rang de surhomme. Certains n’hésitent même pas à en faire de l’hérésie et de l’association dans la pratique à l’égard de Dieu, le tout-puissant. Que ce soit pouvoir religieux, politique ou culturel, nous y accordons trop d’importance. Le plus déplorable vient d’ailleurs de la conduite innovatrice et idolâtrice de bon nombre de chefs religieux, surtout musulmans dans notre pays. Il est de plus en plus difficile de discerner dans leurs actions farata (obligations divines), sunna (traditions prophétiques) et bidaa (innovations). Beaucoup d’entre eux entretiennent leurs disciples aux fins de satisfaire à une commande de clientèle politique ou usages lucratifs moyennant d’énormes sommes d’argent. C’est la commercialisation de l’enseignement coranique au Sénégal. Et pourtant c’est bien au regard de comment nous réagissons à leur égard que ces dirigeants choisissent le comment de leur comportant vis-à-vis de leurs administrés. Un peuple poli et cultivé n’a que faire d’une quelconque autorité humaine pour bien vivre. Sa politesse annihile tout risque de cruauté et de représailles. Sa culture du monde et son intellect écarte tout risque de déviance et rassure en tout point sur sa capacité de bonne conduite morale. C’est malheureusement pas le cas chez nous où pouvoir rime avec arrogance, orgueil, vanité, abus, vol et pillage. On gouverne alors par la persécution et l’oppression et dans l’autre sens on vit dans la crainte et la souffrance. Forcément la légitimité des gouvernements est sans cesse remise en cause et par là même une réfutation de la légalité des actes qu’ils posent. Mais, il faut le souligner, c’est bien difficile de caractériser les abus lorsque les droits et devoirs sont confondus et ne sont plus à juste titre accomplis. Il ya là un laxisme populaire auquel il convient objectivement d’amputer les dérives de ceux qui gouvernent. Il faut savoir se lever, se rebeller et se révolter lorsque les garanties d’un ordre dit public s’emballent avant que l’ampleur y relative ne déborde; et, savoir faire un distingo entre urgences sociales, priorités socio-politiques et futilités ou diversions politiques, sinon, à défaut de le faire les conséquences seront énormément dures à encaisser et encore plus amères à vivre comme nous le vivons chez nous au Sénégal, au Mali, en Guinée, en Gambie, en Libye, en Birmanie, … .