Étant noir, parler de panafricanisme n’est pas une chose aisée. Les implications liées à cette notion ou même ce concept je devrais dire, sont énormes et rendent son étude encore plus complexe. Il faut alors s’y prendre avec précaution pour éviter de basculer dans la prise de position partisane ou détracteur; et par là parler comme noir et non comme analyste objectif et neutre. C’est sur ces attentions que l’on va devoir élucider la question susmentionnée.
La pertinence du panafricanisme comme forme de pensée politique
Considérer le panafricanisme comme une forme de pensée politique, oui l’idée peut pertinente dans la mesure où, il constituerait un moyen de se légitimer politiquement par une entière affirmation de son Africanité. Se reconnaître panafricain c’est alors là se reconnaître purement africain. Il nous permet alors de se doter d’une forte attention populaire, laquelle est elle-même fondée sur l’obligation d’assumer son appartenance à l’Afrique ainsi que son dévouement pour l’intégrité du noir. L’acquisition de ce rang ou statut dans la société africaine est d’une immense et primordiale importance pour tout panafricain qui aspire à exercer le pouvoir politique en Afrique. Alors, c’est dire que l’électorat africain s’est panafricanisé et par là même on assiste sans grand bruit à la panafricanisation de la politique en Afrique. Les régimes dont les chefs se sont montrés non panafricains mais panafricanistes, ont acquis le soutient exorbitant du peuple noir. Il y a là un sentiment de légitimité. Et au demeurant, beaucoup de pays ont contracté le virus du panafricanisme entraînant la déstabilisation voire même la chute de leurs régimes. Le combat panafricain gagne alors du terrain dans le système politique africain et se voit de plus en plus encré dans les consciences populaires. Ses principaux tenants des temps coloniaux à aujourd’hui, à travers les Thomas Sankara, Modibo Keita, Natalie Yamb, Kémi Séba,… pour ne citer que ceux-là, ont gagné en dignité politique plus que bon nombre de politiques ou politiciens. Leur mission consiste en une invitation de l’africain à reconnaître qu’il est noir à tout égard mais aussi interpeler suffisamment sa conscience sur la nécessité pour lui réduire son sentiment de complexité, d’infériorité et de complaisance vis-à-vis des autres races.
C’est alors en cela que sous un autre angle l’émergence de la pensée panafricaine se rattache à une forme d’organisation, de dévolution et d’exercice du pouvoir politique conformément aux réalités africaines. La politique aujourd’hui pratiquée en Afrique n’est pas la plus appropriée. Les principes qui la fondent et gouvernent sa manifestation sont terribles. Ils sont incompatibles les maux sociétaux de notre continent. La demande noire en générale est d’abord culturelle. L’Afrique, comme toujours, exprime un besoin fort de faire reconnaître sa culture afin d’assurer sa survie et celle de ses générations futures, par un enseignement constant et juste de son vécu. C’est là un vœu cher au Professeur Iba Der Thiam tout comme à M. Joseph Kizerbo. Ainsi《l’urgence panafricaine》 au sens de M. Kémi Séba, propose une nouvelle formule pour l’exercice du pouvoir politique en Afrique par laquelle le panafricanisme saurait se transformer en pensée politique. Le pouvoir au sens panafricain promeut l’équité, l’éthique, la justice et surtout le patriotisme. Le parti dit Pastef les patriotes est bien sur cette lancée au Sénégal. Le développement est alors fondé sur ces principes et non sur une logique politicienne et partisane. Acquérir le pouvoir pour caser sa clientèle politique est bannie du programme panafricain. Ce sont là des motivations au soutien que les corporations panafricanistes comme le mouvement Y’en marre, le Frapp France dégage, urgence panafricaine,… ont sans faille, apporté aux peuples Guinéen, Malien et Sénégalais dans des luttes anti-dictatoriales et contre des abus de pouvoir. C’est, à titre d’exemple, le cas au Sénégal lors des manifestations populaires contre la hausse du prix de l’électricité, en Guinée contre la troisième candidature du Pr Alpha CONDE. L’école panafricaine est donc la version Africaine de l’école de la bonne gouvernance, des leaders idéals pour l’Afrique et, par là ambitionnerait de former des élites politiques bien pénétrées de la culture, de l’histoire et des réalités africaines. La doctrine panafricaine du brillantissime Professeur Cheikh Anta Diop, véhicule cette vision du patriotisme panafricain. Il faut essayer de rechercher l’équilibre dans cette lutte de considération et d’affirmation par la connaissance. Ainsi là pour lui, 《à connaissances égales, la vérité triomphe》. Les peuples africains doivent donc se cultiver davantage sur les enjeux politiques de leurs Etats pour combattre toute tentative pression et de manipulation intellectuelles par des cerveaux impérialistes, coloniaux et envahisseurs.
Quelques réserves sur le panafricanisme comme forme de pensée politique.
Il serait judicieux de penser le panafricanisme politique avec précaution. Promouvoir la philosophie de cette idée comme pensée politique peut s’avérer irréaliste et relèverait même de l’utopie. Un panafricanisme du développement indépendamment du reste du monde est semblable à un projet vain. Les impacts de la mondialisation et les activités géopolitiques et militaires des Etats sont troublantes et entraînent d’énormes besoins de collaboration. Les urgences économiques et sociales ne laissent pas le choix. Les problèmes des États sont aujourd’hui communs, donc les solutions doivent être concertées sinon les risques de périr vont bien s’abattre sur bon nombre de pays. Les pays jadis craints pour leurs puissances militaires et économiques se sont avérés aussi vulnérables que les pays pauvres ou moins développés. Les évidences créées par la pandémie de la covid-19 sont claires. Les systèmes de santé réputés les plus efficaces n’ont pas pu faire moins de pertes en vies humaines que ceux des pays sous-développés. Ces dégradations des rapports de dominance et d’infériorité entre les États imposent une nécessaire redéfinition de leurs relations. Elles impliquent également la révision des données économiques poussant les plus riches à opérer un technique de protectionnisme au moment où les plus endettés ne cherchent non pas à se réendetter mais plutôt à se libérer, sans paiement, des dettes déjà contractées. Tel est le sens de l’appel initié par le Président de la république du Sénégal, M Macky Sall, qui au regard des chocs exogène subis par les économies de la plupart des pays Africains, a convié ses pairs à demander auprès de leurs créanciers des demandes en annulation de la dette Africaine. La démarche s’est montrée insolite et choquante mais pourtant l’analyse qui prend le partie de la profondeur permet de se rendre de la nécessité de diligenter les rapports interétatiques. Quel pays ose fièrement se bomber le torse d’avoir vaincu la pandémie sans voir son économie s’emballer en déclic? Aucun bien sûr, alors la question n’était pas de se libérer des dettes par une annulation ni même une nouvelle contraction. Il s’agissait plutôt de prendre conscience de l’évolution des repères économiques lesquelles imposent à tous les pays de prendre de leur responsabilité et surtout de réaliser la nécessité de jouer la survie de leur économie et autres secteurs clés par des collaborations avec leurs pairs. Mais si l’idée ne correspond pas aux vouloirs du panafricanisme, il faut alors dire que la question du développement serait en ballottage car, bien sûr l’Afrique possède d’énormes ressources naturelles et une masse importante et intéressante de jeunes aux qualitésprofessionnelles très développées, il ne saurait à lui seul consommer ses productions. Les politiques d’ouverture de la Chine au marché international sont illustratives en ce sens. Elles montrent que même si les pays peuvent se développer par une véritable politique d’intégration patriotique et participative, un usage de ses ressources humaines et naturelles; il faut tout de même souligner que la consommation et l’écoulement des produits obéissent à d’autres types de rapports que la production. Le refus des États-unis à autoriser sur le sol américain certains produits Chinois, Européens et Mexicains ont entraîné une terrible surproduction de maïs génétiquement produits. Les pertes liées à cette surproduction sont grandes.
Enfin il convient de signaler que dans le combat panafricain réside le risque de verser dans du racisme. Le panafricanisme exacerbé s’assimile alors au racisme. Si le mécontentement de certaines classes de la société occidentale vis-à-vis de la forte immigration des noirs vers l’Europe est considéré comme raciste, l’Afrique est alors tenté par le même risque. Les mouvements tels que la génération identitaire et le defend the europ sont radicaux et défavorables à tout projet d’unification des peuples du monde. Ces mouvements ethniques que certains désignent sous le nom de populisme, malgré la noblesse contenue dans la notion de peuple, continuent d’opprimer et de persécuter les noirs. Justement, si le panafricanisme comme on le connaît et vit aujourd’hui venait, par excès de but, inadvertance ou radicalisme à s’affirmer comme une réaction à cette précarité de la condition noire. Dès lors c’est aisément dire que si la philosophie d’un panafricanisme exacerbé entend répondre au racisme blanc par pareil traitement : le racisme ne serait plus que blanc, il serait aussi noir, en foi de quoi je trouve que la formule 《black lives matter》 est à réviser voire abroger.
Très pertinente
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Merci mon gars
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Pertinence et concision
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Ça fait intéressent
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Texte très bien écrit et bien entendu il y’a une harmonie entre la peau et l’os : (forme_fond)
Bon courage !
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